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Les musiques, les couleurs, les odeurs de la forêt convergent pour amener la sérénité
Vous prendrez bien un bain de forêt
Se balader dans les bois pour échapper à l’effervescence urbaine : une thérapie ?
1 Dec 2021

Reconnus depuis longtemps pour leur pouvoir régénérateur, les arbres sont de puissants alliés de notre santé aux plans physiologique et psychologique. C’est au Japon que la sylvothérapie, ou thérapie par les arbres, a gagné ses lettres de noblesse. Dans les années 80, préoccupé par l’augmentation alarmante de l’anxiété au sein de la population, le gouvernement a conçu un programme incitant les uns et les autres à régulièrement participer à des marches. A partir d’une série d’expériences scientifiques, il est apparu que les bains de forêts permettent de diminuer la pression artérielle et le stress, d’améliorer les fonctions cardiovasculaires et le métabolisme, de renforcer le système immunitaire et de booster la concentration et la mémoire. S’appuyant sur ces résultats, le gouvernement a ouvert une soixantaine de centres de sylvothérapie. Des séances peuvent même être prescrites par son médecin traitant.

Si se promener dans les bois est une activité à priori banale, elle est désormais parée de mille vertus. S’immerger dans la nature, se mettre à l’écoute des bruits de la forêt, en capter les odeurs, être attentif aux variations de la lumière apaise et permet au corps comme au mental de lâcher prise.

Pas besoin de se lancer dans des randonnées acrobatiques, une petite heure de balade suffit pour se défaire du stress que suscitent nos vies de citadins aussi débordés qu’hyperconnectés. Encore mieux : si on prête attention à ses sensations, le bain de forêt peut se transformer en séance de méditation. Sans compter que toucher les arbres, les enlacer, voire leur parler, peut procurer des sensations inattendues.

Pour certains chercheurs, le pouvoir bienfaisant des arbres viendrait des molécules émises par les feuillus et les conifères, les phytoncides, pour avertir les arbres voisins d’un danger ou attirer des insectes. Les humains y seraient réceptifs. C’est sans doute ce qu’avaient pressenti des médecins d’autrefois lorsqu’ils recommandaient aux personnes qui avaient des problèmes respiratoires ou souffraient de dépression de s’installer près des arbres afin de profiter de l’oxygène que ces derniers rejettent.

Les arbres peuvent être des portes vers les sensations et les émotions

Les rois du règne végétal recèlent encore bien des mystères. Et il est fascinant de découvrir dans le livre de Peter Wohlleben, « La vie secrète des arbres », qu’ils communiquent et sont solidaires entre eux via un réseau de champignons microscopiques, une sorte d’Internet des forêts.

Une richesse et une complexité louées par la plupart des religions et des mythologies. Avec leurs racines qui s’enfoncent dans le sol et leurs branches qui s’élèvent dans le ciel, les arbres symbolisent les rapports que nous entretenons avec la terre et le ciel. Perçus comme maléfiques ou bénéfiques, ils sont l’objet d’innombrables cultes partout et à toutes les époques : on les prie de formuler des avis et des prédictions et d’opérer des guérisons.

Les Goths et les anciens Scandinaves pensaient que le grand Frêne, ou arbre de Vie, abritait l’âme des morts. Il revenait au chamane de grimper sur l’arbre afin de retrouver et guérir l’âme du malade. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de faire appel aux pouvoirs guérisseurs des arbres. Ainsi, au nord de la France, on peut demander la guérison d’une personne en accrochant l’un de ses vêtements sur « l’arbre à loques » ou transmettre sa propre maladie en clouant des vêtements sur l’arbre qui devient « l’arbre à clous ».

« Êtres » vivants, puissants, les arbres nous reconnectent avec notre humanité. Leur fréquentation est en passe de devenir un véritable art de vivre. C’est déjà le cas au Japon où des millions de personnes déambulent en forêt pour se détendre ou prier. C’est qu’au pays du soleil levant, l’observation de la nature relève du sacré. Fin de l’hiver, pas question de manquer la floraison des cerisiers du Japon, l’Hanami. Autre tradition séculaire, le Momijigari : de septembre à novembre, les feuilles des érables deviennent rouges, jaunes, bruns. Un spectacle fastueux qui n’en finit pas de ravir les foules et d’inspirer les artistes. Cet engouement qui gagne l’Europe n’est toutefois pas sans risques. Car si les arbres sont en général bénéfiques, certains ne sont pas dénués de réels dangers. Ils peuvent être porteurs de substances allergènes, abriter des hôtes indésirables, comme la chenille processionnaire du pin. Si on la dérange, elle libère ses poils urticants qui se logent dans l’organisme humain et peuvent provoquer des œdèmes. Autre exemple, les frelons dont la piqûre est très douloureuse. Comme pour tout, il importe donc de s’adonner à sa passion sans pour autant négliger la prudence.

* Muriel Scibilia est auteure et ancienne fonctionnaire de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
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