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D’où vient votre vocation pour la défense des droits humains ?

Elle est le fruit d’un ensemble d’éléments. Il y a l’éducation que j’ai reçue. Très engagée dans les questions de justice sociale et dans le combat moral, ma famille a toujours eu le sens de ce qui est juste. Cela remonte loin, puisque mon grand-père était dans la Résistance. Il a été assassiné par les nazis le 15 août 1944. Il y a le contexte :  ayant grandi durant les années de la guerre froide et de l’apartheid, j’ai toujours été très intéressée par tout ce qui touche à la question des droits humains. Il y a aussi les lectures qui m’ont beaucoup influencée et les opportunités qui se sont présentées.

Ancienne rapporteuse spéciale à l’ONU, qu’est-ce qui a motivé votre retour à la société civile ?

J’ai toujours évolué dans le cadre de la société civile. Je n’ai côtoyé le milieu universitaire et travaillé en tant que rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires que pendant sept ans. Cela m’a beaucoup plu, mais a nécessité un investissement personnel important. Lorsque s’est présentée l’occasion de travailler pour Amnesty International, j’ai pesé le pour et le contre. D’un côté, il ne me restait qu’une année pour aller au bout de mon mandat ; de l’autre, une organisation non gouvernementale aussi puissante qu’Amnesty International pouvait me permettre de me battre et de changer un certain nombre de choses. J’ai décidé de postuler.

Est-ce que vous n’aviez pas aussi envie de ne plus exercer une fonction qui vous a valu des menaces, notamment de la part d’un haut dirigeant saoudien ?

Non, ça n’est pas ce qui a motivé mon départ. En revanche, je me suis demandé si les pays qui m’avaient menacée, comme les Philippines ou l’Arabie Saoudite, suite à l’enquête que j’avais menée en 2018 sur l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, allaient se sentir plus libres d’agir puisque je ne bénéficierais plus de la protection informelle que me procurait ma fonction aux Nations Unies.

Ne craignez-vous pas d’être encore plus exposée, désormais ?

Non, je n’ai pas peur. Je n’ai pas le droit d’avoir peur. Les personnes avec qui je travaille sont confrontées à la répression et prennent des risques phénoménaux. Des centaines d’entre eux ont été kidnappés, torturés ou tués. Face à cela, il est hors de question que je me laisse aller à la peur. Je ne suis pas naïve pour autant. Je prends toutes les précautions nécessaires, en particulier lors de mes déplacements.

Quels enseignements tirés de votre expérience des processus intergouvernementaux à l’ONU vont vous être utiles dans vos nouvelles fonctions ?

Mon expérience en tant que rapporteuse spéciale me permet de mieux comprendre ce qui peut être fait ou pas. Je connais bien les limites d’un point de vue stratégique et je pourrais mieux utiliser mes compétences à des fins plus concrètes. J’ai des contacts étroits avec les gouvernements. J’ai une bonne connaissance de la manière dont fonctionnent les milieux diplomatiques à New York et à Genève. Lors de mon précédent mandat, je pense avoir apporté un nouvel élan en matière d’interprétation du droit international. J’espère donc pouvoir donner une impulsion supplémentaire à Amnesty international afin qu’elle devienne l’une des têtes pensantes d’un droit international de protection des droits humains qui serait plus en adéquation avec les transformations de notre monde. C’est très important car nous ne pouvons plus nous contenter de travailler dans le cadre actuel alors que tant de nouvelles questions se posent.

Comment analysez-vous la situation des droits humains au plan mondial ?

Elle n’a jamais été aussi grave depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Plusieurs éléments s’enchevêtrent. D’un côté, nous sommes face à une refonte complète du système international dans le contexte d’une nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine. De l’autre, nous sommes confrontés à la transformation des processus de production, au changement climatique, à la montée des inégalités, au populisme qui progresse dans de nombreux pays, y compris dans les pays démocratiques. Or, nos institutions sont relativement impuissantes : le Conseil de sécurité est régulièrement bloqué et le Conseil des droits de l’homme est souvent houleux. L’environnement international est extrêmement instable.

Quel peut être votre rôle dans ce contexte ?

Les droits humains, tels que nous les connaissons aujourd’hui, datent de la période qui a suivi l’holocauste. Ils ne répondent plus à un certain nombre de préoccupations de notre époque. Les revendications de plusieurs communautés sont très fortes, qu’il s’agisse des populations autochtones, de la communauté LGBT+ ou de personnes en situation de handicap. Cela suppose une mise à jour du principe d’universalisme tel qu’il a été conceptualisé au départ et cela interpelle de façon directe et violente le principe de l’égalité entre les êtres humains. Il importe donc de réinterpréter le droit international en se montrant plus créatif. C’est un défi sans précédent pour les acteurs des droits humains.

* Joachim Tapia-Almosnino est journaliste pour CH Media.
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