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Protéger et renforcer l’offre culturelle à Genève
Face à un contexte très difficile, le maire de Genève, Sami Kanaan, déploie une belle énergie pour préserver et dynamiser la culture de la ville
1 May 2021

Quels sont les secteurs culturels les plus impactés par la crise sanitaire?

La crise met en lumière et exacerbe ces difficultés préexistantes. Les arts de la scène sont parmi les secteurs les plus touchés ainsi que les artistes et acteurs culturels dont le statut était précaire avant la crise. Il s’agit par exemple des musiciens indépendants ou des artistes des arts plastiques et visuels. Rarement salariés, ils ne bénéficient pas non plus du statut d’indépendant, ce qui leur aurait permis de cotiser à la prévoyance sociale.

Quelles sont les principales mesures adoptées pour soutenir ce secteur ?

Nous avons garanti les subventions, même lorsque les prestations culturelles ne pouvaient être délivrées au public. Nous avons contribué à un fonds commun d’indemnisation culturel mis en place par la Confédération à parité avec les cantons. En 2020, nous avons aussi expérimenté des projets-pilotes afin de mieux comprendre comment soutenir les artistes qui “passent entre les mailles du filet” des aides tout en leur permettant de rester en lien avec leur public. Dans cette optique, l’été dernier, nous avons proposé 50 concerts, dans le respect des règles sanitaires, et lancé un appel à projets artistiques dans la rue. En décembre, via l’initiative “I love #ArtisteDici”, nous avons invité 70 artistes à s’exprimer sur les panneaux d’affichages laissés vides. Nous avons aussi organisé des résidences pour des groupes de musiciens dans des salles de la ville, comme l’Alhambra ou Cave 12.

Depuis janvier, des résidences d’artistes se tiennent dans les musées. Dans le cadre de ces trois projets-pilotes, les prestations des artistes ont été rémunérées. Enfin, nous venons de faire voter au Conseil municipal un plan d’action à hauteur de 3.9mio qui servira à soutenir le travail de création d’artistes et d’institutions culturelles, à en faciliter la diffusion via le streaming ou les médias et les aider sur un plan pratique dans les nombreuses et fluctuantes démarches administratives propres à cette période. Ma volonté est clairement d’apporter un appui complémentaire à la Confédération et de permettre de préserver les métiers et le lien avec le public, sous d’autres formes, jusqu’à ce que les lieux culturels puissent réellement rouvrir.

Comment concilier les incertitudes liées à la crise et les impératifs de programmation des manifestations culturelles ?

C’est un véritable casse-tête. Nous avons une visibilité à très court terme sur ce que peuvent être les possibilités parce que les conditions sanitaires changent souvent. Or, une programmation culturelle s’établit plusieurs mois, voire plusieurs années à l’avance, c’est notamment le cas de l’opéra. Nous élaborons différentes planifications selon les scénarios envisagés. Mais plus un événement est important, plus il a une dimension internationale, plus il est difficile de le programmer. Les grands festivals ayant été annulés, nous envisageons des formats plus « covid-compatibles » dans des espaces ouverts ou en streaming. D’autres idées émergent comme celles de comédiens qui proposent de jouer chez des particuliers. Il n’en demeure pas moins que rien ne remplace un spectacle dans une salle en présence d’un public nombreux.

Que fait la ville pour maintenir une vie culturelle à Genève ?

Outre les nombreux projets que j’ai précédemment mentionnés, je tiens à préserver le savoir-faire des techniciens, des décorateurs et de tous ceux qui contribuent à la réalisation d’un spectacle ou d’une exposition. Il m’importe aussi de maintenir le lien avec les publics, de pousser la réflexion sur d’autres formes de représentations et de promouvoir les activités culturelles. Ce qui passe par divers moyens comme l’affichage public, l’agenda en ligne et des partenariats avec des médias comme Léman bleu. J’espère aussi pouvoir bientôt inaugurer la nouvelle Comédie aux Eaux-Vives ou le Pavillon de la danse. A plus long terme, il nous faut avancer sur les grands projets culturels comme la rénovation du bâtiment qui abrite le musée d’art moderne contemporain, le MAMCO, l’extension du Muséum d’histoire naturelle ou le projet de rénovation-agrandissement du Musée d’art et d’histoire.

Cette année encore, un grand nombre de fonctionnaires internationaux ne pourront pas voyager, que leur conseillez-vous pour passer un été culturel à Genève ?

Nous ferons tout ce qui est possible pour proposer des spectacles et des concerts en extérieur. Pour un programme plus précis, je vous invite à régulièrement consulter notre agenda sur www.geneva.ch/agenda. Et quoi qu’il en soit, je leur conseille de profiter des bords du lac et de nos magnifiques parcs.

* Muriel Scibilia est auteure et ancienne fonctionnaire de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
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