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Le diabète est une maladie liée à un trouble de l’assimilation des glucides
Prévenir, contrôler les effets délétères du diabète par l’activité physique
Maladie chronique, évolutive, longtemps silencieuse, le diabète est en plein essor dans le monde. L’activité physique améliore le vécu de patients
1 Nov 2022

Solaire, bienveillante, Francesca Amati met ses compétences de diabétologue, de spécialiste en médecine du sport et de chercheure au service des patients avec qui elle chemine, veillant à leur proposer les meilleures options en matière de traitement tout en respectant les spécificités de chacun. Professeure, titulaire d’un double doctorat en médecine et en physiologie de l’exercice, elle enseigne la physiologie et mène des travaux de recherche sur le métabolisme musculaire au sein du département des sciences biomédicales de la faculté de biologie et de médecine de l’université de Lausanne.

Peut-on guérir du diabète ?

Pas encore, mais on peut le garder sous contrôle. En outre, grâce aux progrès de la recherche, à une meilleure compréhension des mécanismes de la maladie et aux améliorations technologiques, on peut gérer son diabète en ayant une bonne qualité de vie. On a l’habitude de classer le diabète en trois catégories : diabète de type1, de type2 et diabète gestationnel. En fait, c’est plus complexe. Il y a toutes sortes de diabètes, plus ou moins agressifs, qui s’expriment de façons différentes et n’ont pas les mêmes conséquences selon les personnes. D’où la nécessité pour le médecin de s’adapter à chacun de ses patients afin d’établir le traitement et le suivi le plus adéquat. Un objectif important du médecin est l’acquisition par le patient d’une autonomie toujours plus grande dans la gestion de sa maladie. Tout en respectant les différentes étapes par lesquelles passe le patient, qui vont du déni à l’acceptation en passant par la colère, il reste crucial que chaque patient apprenne à gérer son diabète. C’est pour cela qu’on parle d’enseignement thérapeutique dans ce partenariat entre le patient et son médecin.

Quels sont les symptômes ?

Le diabète de type 2 étant l’aboutissement d’un processus qui peut commencer dix ou 20 ans avant que la maladie ne se déclare, les premiers temps il n’y a guère de symptômes. Raison pour laquelle tant de personnes ignorent qu’elles sont en train de tomber malades. D’où aussi l’importance des campagnes de sensibilisation, ne serait-ce que pour amener les gens à ne pas avoir peur de se faire dépister. Un dépistage précoce peut permettre de prendre des mesures appropriées pour éviter de basculer dans la maladie. Les symptômes les plus courants sont une augmentation de la soif, de la faim et une envie fréquente d’uriner : les reins laissent passer du sucre dans les urines ce qui appelle aussi plus d’eau dans les urines. Les autres symptômes peuvent inclure une fatigue importante, des troubles de la vision, une perte de poids inexpliquée ou encore des infections à répétition. A l’extrême, et surtout dans le diabète de type 1, le patient peut s’évanouir, voire tomber dans le coma.

Quelles sont les complications potentielles ?

L’excès de sucre dans le sang altère le fonctionnement de nombreux organes. Les patients ont du mal à cicatriser, peuvent avoir des lésions de la rétine et donc des yeux, une insuffisance rénale, faire un infarctus ou un AVC, perdre leur sensibilité au niveau des pieds. Un traitement bien ajusté et bien suivi permet de réduire, voire d’éviter, les complications à long terme.

Francesca Amati, diabétologue, chercheure et enseignante

Quelles sont les mesures préventives ?

Au départ, elles sont relativement simples : une alimentation saine et variée, le maintien d’un poids dit de santé et bouger. Le lien entre le surpoids et le diabète est désormais bien établi. En cas de surpoids, les besoins en insuline augmentent, ce qui surmène le pancréas. Perdre entre 5 et 7% de son poids peut diminuer de moitié le risque de devenir diabétique. Il importe d’agir en même temps à plusieurs niveaux : l’alimentation, l’activité physique, l’autocontrôle régulier du taux de sucre dans le sang et la gestion des médicaments voire des injections d’insuline. Devenir son propre chef d’orchestre et apprendre à vivre avec sa maladie prends du temps, de l’énergie et nécessite du courage.

Qu’en est-il de l’activité physique ?

Elle est essentielle. Les préconisations ont bien changé. Autrefois, on déconseillait le sport pour les diabétiques car ça rendait le diabète difficile à équilibrer. Aujourd’hui, elle est pleinement intégrée au processus thérapeutique. Plus on est actif, plus les muscles travaillent, plus l’insuline est efficace. Chez une personne en surpoids de la graisse s’est installée dans les organes. Lorsqu’elle se loge dans les muscles, on parle de gouttelettes de lipide. Elles participent à la régulation de l’équilibre énergétique dans les cellules. Une cellule en bonne santé sait stocker les lipides et les bruler quand elle en a besoin. Les muscles des marathoniens sont pleins de gouttelettes de lipides. Elles se vident quand ils courent et se reremplissent quand ils mangent. C’est très dynamique. Le problème, c’est quand elles ne sont pas utilisées. Elles s’accumulent et finissent par induire des effets délétères, comme provoquer la résistance à l’insuline. C’est ce qu’on appelle la lipotoxicité. La pratique régulière d’une activité physique permet d’instaurer une sorte de cycle vertueux.

Faut-il se transformer en sportif de haut niveau pour équilibrer son diabète ?

Pas du tout. On peut diminuer le taux de sucre dans le sang en marchant, en courant, en jardinant, en dansant, en nageant. L’Organisation mondiale de la santé recommande de pratiquer un total de 150 minutes d’activité physique et sportive par semaine. Cela équivaut à 30 minutes d’activité modérée cinq fois par semaine. On conseille aussi de faire 10 000 pas par jour toute activités confondues. Il faut bien sûr tenir compte de la condition physique de chacun, procéder de manière graduelle et augmenter progressivement la durée et l’intensité de l’activité. Surtout ne pas se transformer en « héros du week-end », c’est-à-dire ne rien faire pendant la semaine et se donner à fond le week-end. w 

Toutes les six secondes, une personne meurt du diabète. Au Nord comme au Sud, elles sont quelques millions à ne pas se savoir malades. Face à la gravité de la situation, l’ONU a décidé que le 14 novembre serait chaque année la journée mondiale du diabète. Il est en effet aussi urgent qu’essentiel d’informer les populations et de former les soignants de sorte d’éviter que les personnes à risque ne développent la maladie et d’assurer un traitement et un suivi adéquats une fois qu’elle s’est déclarée.

Il existe 3 types de diabète : le diabète de type 1, le diabète de type 2 et le diabète gestationnel. Ces trois catégories ont en commun une augmentation élevée et prolongée du taux de sucre dans le sang (hyperglycémie) qui a des incidences délétères sur tous les organes.

Dans le cas du diabète de type 1, le pancréas ne produit plus d’insuline en raison d’une réaction auto-immune qui détruit ses cellules bêta. Or c’est l’insuline qui permet au sucre d’entrer dans les cellules, en particulier celles des muscles et du foie, et de servir de carburant. Très grave s’il n’est pas contrôlé, le diabète de type 1 représente environ 10% des cas dans le monde. La moitié des cas se déclare brutalement en général, avant l’âge de 20 ans. Ces dernières années, on constate une augmentation significative chez les moins de 5 ans.

L’augmentation de l’incidence du diabète de type 2 dans la population (90% des cas) est surtout imputable au style de vie, sédentarité, surpoids, malbouffe et au vieillissement de la population. L’accumulation de gras dans les organes et l’abdomen provoque une résistance à l’insuline, ce qui amène le pancréas à en produire toujours plus d’insuline. Il finit par s’épuiser. Le taux de sucre dans le sang (la glycémie) reste dès lors élevé en continu.

Le diabète gestationnel apparaît au cours du 2e ou du 3e trimestre de grossesse et disparaît, dans la plupart des cas, quelques semaines après l’accouchement. Non décelé ou mal traité, il met en danger la vie de la mère comme celle de l’enfant.

Plusieurs structures, comme les hôpitaux de Genève et de Lausanne, proposent une prise en charge interdisciplinaire, centrée sur la personne, du diabète :

hug.ch/vivre-avec-diabete
https://www.hug.ch/education-therapeutique
https://www.chuv.ch/fr/edm/edm-home/patients-et-familles/prise-en-charge-du-diabete

Autres pistes :
http://diabete-geneve.ch/
https://www.diabetevaud.ch/
https://www.federationdesdiabetiques.org

* Muriel Scibilia est auteure et ancienne fonctionnaire de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
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