3 QUESTIONS

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Olivier Coutau, délégué à la Genève internationale - Copyright: Yorick Chassigneux
Les organisations internationales font partie de l’ADN de Genève
Olivier Coutau, délégué à la Genève internationale, salue le dynamisme de cet écosystème unique et la cohabitation naturelle entre Genevois et internationaux
1 Sep 2021

Qu’est-ce que la présence des organisations internationales apporte à Genève ?

Elle apporte beaucoup. Pour commencer, elle confère une responsabilité hors du commun, celle de faciliter le travail de centaines d’acteurs œuvrant à la construction d’un monde plus sûr, plus juste et plus durable. Elle consolide ensuite une vocation internationale ancienne. On peut la faire remonter au 16ème siècle et à l’accueil des réfugiés protestants. La présence des organisations internationales a aussi un impact du point de vue économique. En comptant les effets indirects et induits, on estime que la Genève internationale contribue à hauteur de 14% de l’emploi et 11% du PIB du canton. Elle a également transformé le paysage urbain de Genève. Je pense ici à l’aéroport qui a accompagné l’installation de la Société des Nations il y a 100 ans, ainsi qu’à tous les bâtiments remarquables qui ont été construits autour de la Place des Nations : le Palais bien sûr, mais aussi l’Organisation mondiale de la Santé, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle ou l’Organisation Météorologique Mondiale. Et ce n’est pas fini. La première pierre d’un nouveau centre destiné à sensibiliser à la science vient d’être posée au CERN. Ce Portail de la science a été conçu par le grand architecte Renzo Piano qui le présente comme un « Petit village flottant sur la route de Meyrin. » L’ouverture au public est prévue pour 2023.

On dit souvent que les internationaux et les Genevois se côtoient sans se rencontrer

C’est un cliché. La Genève internationale est née en 1863 avec la Croix-Rouge. C’est un groupe de personnalités genevoises qui en est à l’origine. Il est donc faux de considérer la Genève internationale comme un corps étranger qui serait venu se greffer artificiellement sur une Genève purement locale. Les organisations internationales font partie de l’ADN de Genève. Aujourd’hui, 40% de la population du canton est d’origine étrangère. Avec 189 nationalités, quasiment tous les pays du monde sont représentés. En ce sens, Genève est internationale par nature. L’attachement des Genevoises et des Genevois à la Genève internationale reste profond. Le récent sommet entre les présidents Biden et Poutine fut d’ailleurs un joli moment de communion et de fierté partagée. La proximité se manifeste aussi dans les urnes. Plusieurs votations, de l’installation du CERN à l’extension de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ont confirmé le soutien de la population aux organisations internationales. Les uns et les autres se retrouvent aussi lors de diverses manifestations culturelles, scolaires ou sportives, collaborent sur le plan professionnel, élaborent divers projets.

Les journées portes ouvertes organisées au Palais des Nations, au CERN ou ailleurs rencontrent toujours un franc succès. Il est vrai cependant que le travail des organisations internationales est trop peu connu, ce qui, auprès de certains, peut induire une vision simpliste, voire caricaturale, le réduisant à un va-et-vient de limousines, à une succession de cocktails et de discours. Il est pourtant clair que sans l’action des organisations internationales, notre monde serait beaucoup plus chaotique et instable. Elle joue aussi un rôle dans notre quotidien. A titre d’exemple, sans les contributions du CERN, de l’Union Internationale des Télécommunications et de l’OMC, nous n’aurions pas de smartphone. Il est difficile d’imaginer comment nous pourrions nous en passer aujourd’hui. Ces dernières années, diverses initiatives ont été prises pour mieux informer sur l’importance de l’action des organisations internationales, via le recours à une panoplie de moyens, expositions, publications ou campagnes d’information sur les réseaux sociaux.

A cet égard, je relève ici le travail du Perception Change Project de l’Office des Nations Unies à Genève et celui de la Fondation pour Genève. Au niveau cantonal, nous avons développé un outil d’information qui répertorie notamment la centaine de réunions qui se tiennent chaque semaine au sein de la Genève internationale, y compris celles qui sont ouvertes au public (geneve-int.ch/fr). Une vraie réflexion reste toutefois à mener sur ce qu’il conviendrait de faire pour sensibiliser davantage aux questions de portée mondiale autrement qu’à travers la production de rapports que bien peu de citoyens lisent. L’art, sous toutes ses formes, peut notamment être un vecteur : la chaise sur la place des Nations parle des mines antipersonnel de façon percutante.

Les organisations non gouvernementales sont toujours plus nombreuses à s’installer à Genève. A quoi attribuez-vous cet engouement ?

Genève, avec New York, est l’un des épicentres de la coopération internationale. En tant que tel, elle est incontournable. Elle compte quelque 430 organisations non gouvernementales (ONG). Elles insufflent un vrai dynamisme en apportant expertise, capacité d’action ou connaissance du terrain. Le Secrétaire général de l’ONU plaide d’ailleurs en faveur d’un multilatéralisme inclusif qui s’appuie sur la société civile, les entreprises, les autorités locales et régionales et d’autres acteurs. Les ONG emploient plus de 3’000 personnes. A noter que l’emploi augmente chez elles deux fois plus vite qu’au sein des organisations internationales. Cependant, certaines de ces structures sont fragiles.

Les autorités cantonales les aident en proposant aux nouveaux venus, sous conditions, des bureaux gratuits pendant deux ans. Elles soutiennent aussi des projets sur le terrain via un fonds de solidarité internationale. Le Centre d’accueil de la Genève internationale, grâce au soutien de la Confédération, du canton et de la Ville de Genève, finance par ailleurs l’hébergement des délégués de passage. Il convient également de noter que la crise sanitaire a impacté les petites entités qui ont peu de trésorerie. La crainte est que leurs bailleurs de fonds réorientent leur budget. Il est donc d’autant plus important de mettre en lumière le travail de ces organisations.

* Muriel Scibilia est auteure et ancienne fonctionnaire de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
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