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Les Mouettes Genevoises: laissez les vous porter
Cheval, escargot, mouche puis mouette et filets de perche: c’est le plaisir qui compte pour traverser le lac à vol d’oiseau sans en perdre une miette
1 Jul 2021

Pour rallier les deux rives de la Ville de Genève, plusieurs moyens de transports sont possibles. Pour le faire en réduisant la distance à parcourir tout en augmentant son bien-être, il n’y a que les mouettes. Leurs six bateaux, comme l’oiseau dont ils portent le nom, reviennent de loin.

Quand Edward Church, consul des Etats-Unis en France et féru de navigation, imagine, en 1825, le premier bateau pour traverser le lac à Genève, il ne se doute pas du fiasco qui l’attend. Traverser la rade à bord d’un bateau mu par quatre chevaux… l’idée ne manquait pourtant pas d’originalité. Mais l’odeur, le bruit, la lenteur ne sauront séduire. Ce bateau manège devient « l’escargot du lac » et sera vendu aux enchères avant de laisser la place aux bateaux-mouches.

Peut-être parce que l’idée de voyager en mouche n’est pas seyante, ou alors parce que le réseau ferroviaire se développe et que la guerre fait rage entre circulation par les rails ou à la rame, les mouches tombent et les compagnies rivales fusionnent pour donner naissance aux mouettes. Une page blanche s’annonce. Blanche comme les ailes de cet oiseau taquin qui semble rire dès que le vent le chatouille. Blanche comme ce qu’étaient alors les quatre bateaux constituant la flotte. Il faudra encore un peu de temps avant que les mouettes ne deviennent de vraies genevoises, arborant fièrement les couleurs du canton. Elles font désormais partie du paysage, à tel point que les genevois semblent parfois ne plus les voir.

Si les touristes se réjouissent de la simplicité de transport qu’offre ce trajet de plaisance, de nombreux habitants de la cité calviniste boudent les 4,3 kilomètres lignes lacustres et s’enlisent dans une querelle entre rive droite et rive gauche. Les mouettes genevoises font pourtant partie de l’offre des transports publics genevois et toute personne munie d’un titre de transport ou d’un abonnement unireso peut donc embarquer pour quelques minutes de bonheur sans vagues au milieu des flots. Avec un départ toutes les dix à trente minutes selon les lignes, les mouettes permettent de relier les Pâquis à la place du Molard (ligne M1), aux Eaux-Vives (ligne M2) et à Genève Plage/Port Noir (ligne M3) ainsi que de Genève Plage/Port Noir à Chateaubriand (ligne M4). Etonnamment, ce sont les deux lignes du centre ville (M1 et M2) qui sont les plus sollicitées alors qu’elles représentent un gain de temps et de distance moins important que les deux autres (M3 et M4). L’explication paraît simple: le centre est plus fréquenté et le pont du Mont Blanc souvent encombré. Pourquoi passer dessus quand on peut naviguer dessous?

Quiconque a déjà expérimenté une traversée en mouette sait qu’il n’est pas de transport public plus agréable à Genève. Quelle que soit la ligne empruntée, le trajet ne dure que quelques minutes, mais ce n’est pas le sentiment des passagers qui s’émerveillent inlassablement en croisant les cormorans sur la pierre du Niton. A croire que le temps s’écoule sur le sol ferme, pas sur l’eau. Tout semble plus léger, comme si les ennuis du quotidien s’abandonnaient sur le quai. A bord, les seuls passagers qui dégainent leur téléphone portable le font pour tenter d’immortaliser les courbes de l’eau ou la vigueur du jet d’eau. Bien malin celui qui saura distinguer le touriste du genevois redécouvrant les rives de sa ville, son emblème et sa faune lacustre. Les autres contemplent, rêveurs, la rive qui s’éloigne et imaginent peut-être qu’ils partent vers des terres lointaines. D’ailleurs, ne pourrait-on profiter de l’été pour élargir notre horizon en flânant un peu ?

Au fil de l’été, la chaleur attirant de nombreux badauds au bord de l’eau, l’envie de mettre les voiles peut devenir tenace. S’évader plusieurs heures sur le lac en s’éloignant de la rade, c’est possible à bord d’un bateau majestueux: La Neptune. Depuis 1976, la Fondation Neptune veille sur ce navire centenaire. Mais c’est bien la Société des Mouettes Genevoises Navigation qui se charge de sa location. Si les petits bateaux jaunes permettent de prendre le large pendant quelques minutes pour la modique somme de deux francs, le bateau La Neptune peut quant à lui être privatisé pour tous types d’événements. Dès le 3 août, la barque fraîchement rénovée pourra accueillir trente passagers pour une sortie à voile et jusqu’à septante pour une sortie moteur. Le choix vous appartient, tout comme celui du traiteur car si toutes les destinations sont possibles à bord de La Neptune, la restauration n’est pas inclue dans les 1500 francs qu’il faut prévoir pour prolonger l’expérience lacustre au-delà des lignes de transport publique des mouettes genevoises.

Pour une mobilité tout aussi douce et une facture moins salée, pas besoin de chercher bien loin. Situé à quelques vingt minutes à pied du Palais des Nations, l’embarcadère de Chateaubriand offre un choix cornélien pour un dîner les pieds dans l’eau. L’incontournable restaurant de la Perle du Lac rive droite ou, rive gauche, le nouvel établissement de la plage des Eaux-Vives inauguré ce printemps? Mais les mouettes se rient des tracas et nous invitent à ne pas garder les pieds sur terre. Alors on profite de la terrasse ombragée le temps d’un apéritif à la Perle du Lac, avant d’embarquer sur la M4. Une douzaine de minutes plus tard, la bâtisse du Restaurant de La Plage n’est qu’à 700 mètres et offre une vue imprenable sur le Léman. Voilà que la bataille entre rives droite et gauche semble toucher à sa fin, les deux rives fusionnant au loin. Et pour s’occuper de notre faim, le chef nous bichonne avec des produits locaux, traçables et de saison. Le cadre parfait pour un dîner face au soleil couchant. D’une rive à l’autre, il fait bon quitter terre. Que l’on opte pour la mouette ou le bateau au nom de lointaine planète, la magie opère : corps et esprit semblent voyager en apesanteur. Une fois à bord, il flotte un parfum d’insouciance, nous permettant une échappée belle au coeur de la ville dont il serait bien dommage de se priver. Et on n’oubliera pas de saluer le capitaine en quittant le navire avant de revenir à la réalité avec pour seul regret que la rive voisine soit finalement si proche.

* Laetitia Fabre est indépendante en gestion de projet et cheffe de création.
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