CULTURE

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© MEG, B. GLAUSER
Le MEG, un musée en pleine evolution
Désireux de s’adapter aux besoins de son public, le Musée d’Ethnographie de Genève redéfinit son identité de façon décoloniale, inclusive et durable
1 Sep 2021

Lorsqu’en 2019, la Ville de Genève demande à ses institutions culturelles de définir leurs engagements futurs, le Musée Ethnographique de Genève (MEG) entame une réflexion critique sur son identité. Son premier constat est qu’avec ses 195’00 visiteurs par an, des expositions reconnues internationalement et une riche programmation événementielle, le musée situé au 65 Boulevard Carl-Vogt jouit d’un indéniable succès. Mais pour l’équipe du MEG, pas question de se reposer sur ses acquis. «Un musée doit se réinventer perpétuellement de manière critique », souligne son directeur Boris Wastiau. L’évolution est la marque de fabrique du MEG ». Profitant des longs mois de fermeture due à la crise sanitaire, l’équipe du musée a ainsi mûri sa réflexion de 2019 qui centre la nouvelle identité du musée autour de cinq substantifs clés: décolonialisme, collaboration, inclusion, numérisation et durabilité.

“The Water Carries Her, She Carries the Water” par Elizabeth LaPensée, visuel de la nouvelle exposition
“The Water Carries Her, She Carries the Water” par Elizabeth LaPensée, visuel de la nouvelle exposition

Le musée d’ethnographie, une espèce en voie de disparition

Un renouveau d’autant plus pressant que les musées d’ethnographie disparaissent peu à peu du panorama culturel européen. La raison? L’héritage colonial de la discipline. En effet, lorsque l’ethnographe Eugène Pittard fonde le MEG en 1901, l’ethnographie désigne une étude des populations dites « primitives », d’après une vision coloniale du 19ème siècle. «Repenser le musée de façon décoloniale, c’est expliquer le contexte d’acquisition et l’histoire des oeuvres, mais aussi les interpréter de façon plurielle, explique Boris Wastiau. Plus seulement d’après le point de vue euro-centré de l’ethnographe donc, mais aussi d’après celui des cultures concernées ». Désireux de se dissocier d’une ère révolue, le MEG cherche d’ailleurs à se débaptiser et a récemment lancé un appel via ses réseaux sociaux permettant à tous de proposer un nouveau nom pour le musée.

Boris Wastiau, directeur du MEG
Boris Wastiau, directeur du MEG

Collaborer, c’est la clé

Cette approche participative et collaborative est un autre élément central de l’ADN du musée. Ces dernières années, il a donc renforcé ses partenariats avec les différents acteurs de la vie genevoise, mais aussi consolidé ses relations avec les institutions de la Genève internationale. Sa conservatrice Carine Durand a ainsi mis sur pied une consultation des peuples autochtones impliqués dans les collections en partenariat avec l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle. Transparent quant à ses pratiques, le MEG a également à cœur de consulter l’ensemble du personnel ainsi que le public avant toute prise de décision majeure.

Une offre ciblée et inclusive

Car un musée moderne se définit aussi avant tout par sa pertinence pour le public. L’ayant bien compris, le MEG s’est lancé dans une vaste enquête cherchant à mieux connaître le profil de ses visiteurs. «Chaque visiteur vient au musée pour une raison différente, observe Boris Wastiau. L’enjeu est de comprendre ses motivations pour proposer une offre aussi adaptée qu’inclusive » Mais comment conserver l’équilibre entre les fonctions patrimoniales du musée (conserver et valoriser les objets) et le développement de prestations pertinentes pour le public? Selon le MEG, il s’agirait de ne plus aborder les œuvres exposées du point de vue d’une région ou culture spécifique, mais selon des problématiques globales et transverses, plus susceptibles d’intéresser un large public. Dans le même sens, il privilégie le multilinguisme afin de faciliter l’accès aux œuvres pour les visiteurs internationaux.

Une nouvelle exposition à l’image du nouveau MEG Cette nouvelle vision du musée s’illustre dans la prochaine exposition permanente qui débutera le 24 septembre prochain. Intitulée «Injustice environnementale, Alternatives autochtones », elle aborde le sujet de l’urgence climatique selon le point de vue des peuples autochtones, particulièrement vulnérables face à ces changements de par leur proximité avec la nature. «Cette exposition remplit tous les critères, se réjouit Boris Wastiau. Essentiellement réalisée avec des matériaux recyclés, elle traite d’une question nous concernant tous en exposant le point de vue des peuples autochtones. Cette fois-ci, ce sont eux qui nous questionnent, plus nous».

* Anna Bonvin est journaliste indépendante à CH Media.
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