CULTURE

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Avec Grace, une chorégraphie de Kayije Kagame et la Cie Victor représentée en 2020, au Grütli, Genève
Le Grütli, « la pointe de bonheur » du théâtre genevois
A la découverte du Centre de production et de diffusion des Arts vivants du Grütli : une vision moderne et transversale des disciplines artistiques
1 Apr 2022

Incontournable de la scène culturelle genevoise, le théâtre du Grütli n’est pas un théâtre comme les autres. C’est pourquoi, à leur entrée en fonction en 2018, les co-directrices Barbara Giongo et Nataly Sugnaux Hernandez ont décidé d’abandonner ce nom trop générique pour lui préférer celui de Centre de production et de diffusion des Arts vivants. Pour une raison simple : produire et diffuser les créations théâtrales de la scène locale principalement, et ponctuellement étrangère, sont les fonctions essentielles de l’établissement. Le théâtre du Grütli collabore ainsi avec les équipes artistiques sélectionnées en leur offrant un accueil individuel sur-mesure. « Nous désirons que les institutions s’adaptent au projet artistique et non l’inverse, expliquent les co-directrices. C’est pourquoi nous travaillons au plus proche du processus de création. »

Le centre offre un accompagnement sur-mesure en soutenant financièrement les projets artistiques retenus et en accueillant les artistes dans les locaux du théâtre pendant un mois lors du processus de création du projet. Ce dernier est ensuite représenté dans les salles du théâtre pendant deux semaines. Le centre aide aussi dans la recherche d’autres financements et lieux de diffusion du spectacle.

Un mélange d’arts contemporains

Mais ce qui caractérise réellement le Grütli, c’est ce terme d’« arts vivants » représentatif de sa grande porosité dans les disciplines. Danse, théâtre, performance, tout se mélange dans un processus artistique fourmillant et affranchi de toutes contraintes, exceptées celles d’être accessible à tous et dans l’ère de l’époque. Subventionné par la ville de Genève, le théâtre a ainsi à coeur de se montrer digne de son titre de « service public » en tâchant d’être le plus inclusif possible. « Ici, pas besoin de venir avec un bagage culturel ou des connaissances particulières. Le théâtre doit être ouvert à tous et non pas réservé à une certaine élite » , expliquent ses co-directrices. Les pièces ne possèdent d’ailleurs aucune visée didactique, mais cherchent plutôt à interroger sur le monde et l’époque. « Si les spectatrices ressortent du théâtre ne serait-ce qu’un peu transformées, c’est que nous avons accompli notre mission » résument ainsi Barbara Giongo et Nataly Sugnaux Hernandez.

Un établissement durement touché par la pandémie

Une mission mise à mal par la pandémie de Covid-19 et les restrictions sanitaires frappant de plein fouet le secteur culturel. Pour l’équipe du Grütli, ces deux ans ont tout chamboulé : autrefois si demandeur qu’il fallait ajouter des représentations supplémentaires, le public boude aujourd’hui les salles de théâtre. La faute à la peur de la contamination, aux mesures sanitaires contraignantes ou à une simple perte d’habitude après ces longs mois de réclusion ? Les spectateurs semblent en tous cas avoir perdu le goût du théâtre, ce dont se désolent les co-directrices qui tentent de le leur réinsuffler par tous les moyens. « Le théâtre offre une expérience communautaire unique, basée sur le vivant et le partage. Il faut inciter les gens à revenir, ils ne risquent pas grand chose » , invoquent Barbara Giongo et Nataly Sugnaux Hernandez avant de rappeler que, jusqu’ici qu’aucun cluster de coronavirus n’avait été identifié dans un théâtre.

Lancement de la nouvelle programmation

Malgré cet avenir très incertain, le théâtre a ainsi tout de même fait le pari audacieux de publier le 9 décembre dernier sa programmation 2022. Haute en couleur, plurilingue et traitant de problématiques actuelles, elle s’articule autour des créations de compagnies locales rythmées par l’accueil de spectacles espagnols et italiens notamment. La saison débutera en janvier par un premier temps fort intitulé Gogogo, véritable marathon d’arts vivants basé sur un mélange de genres et de publics s’étendant du 13 au 15 janvier.

Bien que très différentes, les pièces proposées possèdent par ailleurs la particularité d’avoir été conçues par des créateurs afro-descendants ou d’origine racisées. Un trait commun involontaire, mais révélateur de la philosophie multiculturelle et inclusive du théâtre du Grütli, qui n’a pas d’autre volonté que d’incarner « une pointe de bonheur dans ces temps troublés. »

La Maison des arts du Grütli, c’est quoi?

Inaugurée en 1989 sous l’impulsion d’un groupe d’artistes indépendants, la Maison des arts du Grütli est un centre culturel pluridisciplinaire appartenant à la Ville de Genève. Situé dans le quartier de Neuve, l’établissement est une ancienne école transformée en maison des arts par le bureau d’étude Jean Stryjenski et Urs Tschumi. Il accueille aujourd’hui une pluralité d’entités culturelles, notamment un théâtre, un cinéma, des studios de danse et de nombreux festivals tels que le GIFF (Geneva International Film Festival), le festival international de films indépendants Black movie, ou encore le Festival du Film et Forum international des droits humais (FIFDH). On y trouve également un café-restaurant favorisant une cuisine éthique, basée sur des produits locaux et biologiques.

* Anna Bonvin est journaliste indépendante à CH Media.
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