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Laurent Jimaja, premier maire suisse d’origine africaine
Au sortir de l’aéroport, de nombreuses personnes ignorent qu’elles foulent les terres du Grand-Saconnex dirigées par un homme au parcours atypique
1 Nov 2021

Premier maire suisse d’origine africaine, Laurent Jimaja, élu en 2015 à la tête d’une commune du Canton de Genève, se définit comme « un citoyen du monde qui a eu la chance de naître en Afrique ». Passionné depuis sa plus tendre enfance par l’environnement, c’est sous la bannière des Verts qu’il vit pleinement et naturellement son engagement. Le renouvellement de la confiance de ses concitoyens au travers d’un second mandat – il a été réélu au premier tour des élections de 2020 –, lui permet de poursuivre la gestion, entre autres, de l’aménagement du territoire et de la transition écologique et sociale
de la commune qui possède le plus grand nombre de projets d’aménagement en Europe.
Un casque vert-pomme vissé sur la tête, l’élu du Grand-Saconnex circule à vélo dans les rues de cette agglomération qui rassemble plus de 12.000 habitants, originaires des cinq continents.


Une petite commune aux allures de mégapole

Les 4,38 km2 de cette petite commune aux allures de mégapole située dans le Canton de Genève, ville de dialogue où est installé le siège européen des Nations Unies, sont en pleine mutation. En dehors du fait que sa population a triplé depuis les années 60, le Grand-Saconnex regroupe sur son territoire l’aéroport international de Cointrin, une gare, le Centre d’exposition et de congrès Palexpo, la plus grande salle de spectacle de suisse romande, l’Arena (9.500 personnes), et plusieurs grandes artères qu’empruntent des flux de frontaliers résidant dans le département de l’Ain (France) voisin, et de Suisses. Ce point de passage est en plein changement. En effet, des travaux titanesques entrepris en 2019 permettront, d’ici à 2025, de fluidifier le trafic grâce à une nouvelle jonction autoroutière, une nouvelle route passant sous le vieux village et un tram desservant tant Genève que la ville française de Ferney-Voltaire.

Un quartier international

Lieu d’accueil de 16 missions diplomatiques ainsi que de plusieurs organisations internationales tels que le Conseil Œcuménique des Églises, l’Union Interparlementaire (UIP) et l’Union Européenne de radio-télévision (UER/EBU), la commune du Grand-Saconnex a adopté le bénino-suisse Laurent Jimaja. Ses électeurs, les Saconnésiens, apprécient sa force tranquille et sa passion, qui lui permettent de développer la commune sans dénaturer son esprit, sans jamais perdre de vue le bien-être de ses habitants. Selon le nouveau maire, être un élu est « une reconnaissance ultime de son appartenance à la communauté ».


L’importance d’être un modèle

Laurent Jimaja est arrivé en Suisse en 1989, pour passer des vacances auprès de sa dulcinée. Deux enfants et 32 ans plus tard, il est toujours là. L’envie de rentrer au Bénin pour s’engager sur la terre de ses ancêtres ne l’a jamais quitté, mais il a toujours donné la priorité à l’éducation de sa progéniture. La disparition de son père et l’évolution de l’Afrique lui ont fait comprendre qu’un jour, il pouvait être trop tard. Il a donc commencé à se préoccuper du modèle qu’il représentait aux yeux de ses fils et réalisé « qu’à part jouir de la vie dans un rythme métro-boulot-dodo, il ne faisait pas grand-chose ». Ce fut pour lui le déclic pour « vivre sa citoyenneté », s’occuper du présent en respectant le passé et « être à l’écoute d’une jeunesse préoccupée, en ces temps chahutés ». Ce parcours constitue aussi pour Laurent Jimaja « une contribution à l’éducation de ses enfants et à celle de tous les jeunes, qu’ils soient d’ascendance immigrée ou non », grâce à laquelle il prouve « qu’il est possible de casser le plafond de verre ».


Un engagement citoyen

L’intérêt de Laurent Jimaja pour l’écologie remonte à son enfance au Bénin où, tout jeune, il se sentait « angoissé par l’accumulation des déchets, l’abandon des batteries et des bouteilles en verre sur les tas d’ordures ménagères ». Sa formation au Sénégal, alliant études d’économie et sciences de l’environnement constituait, à ses yeux, un cursus justifié « pour s’assurer de la capacité d’optimiser les ressources ». C’est donc tout naturellement sous les couleurs du parti écologiste qu’il a obtenu, au 1er tour des élections municipales de 2020, une majorité absolue lui permettant d’effectuer un second mandat.


Un besoin de transmission Laurent Jimaja est également Président de la section genevoise de Swissaid-Genève, fondation helvétique fortement impliquée dans la coopération pour le développement. Au temps de sa jeunesse, il s’est considéré, comme faisant partie d’un groupe privilégié. « Mon père était fonctionnaire, il avait un salaire ». La plupart des gens du quartier de forgerons où résidait la famille devait se débrouiller et vivre au jour le jour. « Nous vivions sur un îlot au milieu d’une marre de misère », raconte Laurent, prenant conscience de ces inégalités et du fait que ces personnes n’étaient pas protégées. Plus connu par les anciens d’Abomey sous le prénom de « Bienvenu » ou par son cercle d’intimes sous le surnom de « Bilau », l’élu suisse aime s’impliquer lors de ses séjours au Bénin en organisant des causeries autour de grands thèmes tels que l’urbanisation, l’environnement, la gestion de l’eau, le lien entre économie et écologie… « Œuvrer au développement c’est contribuer à la construction d’un monde de Paix car qui est heureux, ne rêve pas de se battre ni de s’exiler ».

* Catherine Fiankan-Bokonga est correspondante et Vice-Présidente du Club Suisse de la Presse.
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