UN MEMORIES

UN MEMORIES

Genève ou le destin d’une ville au caractère international
La vision de l’autre côté
Comment la Ville de Genève vit sa vie internationale
1 Dec 2021

Un destin international dans la Genève locale

Rien, dans ma formation ne me prédisposait à m’intéresser à la Genève internationale. Je suis entré au service de la Ville de Genève d’abord en qualité de juriste du Conseil administratif, puis Secrétaire général adjoint, Secrétaire général pendant 10 ans et enfin directeur du cabinet du Maire.

Dans ces fonctions, j’ai accompli les tâches traditionnelles de tout collaborateur très proche d’une autorité exécutive. Progressivement, ce métier de base s’est enrichi au travers d’une formation permanente en matière de ressources humaines, de systèmes d’information et de gestion. Un volet plus international s’est également ajouté à mes missions, en raison de mes tâches de représentation, qui impliquaient en certaines occasions d’accompagner le Maire, voire de remplacer l’un ou l’autre membre de l’exécutif.

Les VIP sont aussi des humains

C’est ainsi que j’ai participé à l’accueil de nombreuses personnalités, Maires de villes du monde entier, ambassadeurs et consuls, hommes et femmes politiques de premier plan. Je me souviendrai par exemple toujours de la forte émotion ressentie lors de la réception de Vaclav Havel à la Villa La Grange. Et d’une rencontre à Rome, dans le cadre d’un séminaire de maires, avec Shimon Perez et Uri Savir, négociateur des accords d’Oslo. Ces rencontres n’ont pas été dénuées de surprises. Accompagnant un jour Alain Juppé de l’aéroport jusqu’à son hôtel, j’ai découvert une personnalité très chaleureuse tout à l’opposé de l’image froide que véhiculaient certains médias.

L’accueil du roi de Suède Charles XVI au Palais Eynard à l’occasion d’une réunion internationale du scoutisme a failli tourner à l’incident diplomatique. En effet, déposé par erreur par son escorte devant l’entrée du bâtiment 4, rue de la Croix-Rouge, le souverain a trouvé les portes fermées, tous les participants à la réception donnée en son honneur étant rassemblés dans les salons, pour l’attendre. Par chance, notre concierge se trouvait devant la porte et c’est lui qui a eu le privilège d’accueillir le Roi.

L’autre face de la Genève internationale

On le sait, Genève est un haut lieu de la coopération multilatérale et l’hôte de nombreuses organisations internationales, de missions diplomatiques et d’organisations non gouvernementales. Le grand public connaît moins bien le rôle joué par la Ville sur le plan international. Et bon nombre de personnes ignorent qu’en raison justement de sa vocation de Ville de la Paix, Genève ne procède à aucun jumelage avec d’autres cités du monde, ce qui n’exclut ni les échanges, ni les accords de coopération.

Les échanges tout d’abord au sein des réseaux internationaux de villes auxquels Genève participe. Par exemple au sein de l’association internationale des maires francophones (AIMF) ou les maires pour la paix. J’ai eu le privilège de représenter la Ville dans un réseau européen XARXA qui avait pour objectif de développer les coopérations entre les villes dans le domaine de la formation professionnelle, ce qui impliquait pour Genève de très étroites collaborations entre la Cité et plusieurs départements de l’administration cantonale.

Des relations étroites existent en outre depuis de nombreuses années entre les jardins botaniques de Genève et Dakar. Cette coopération s’est ensuite étendue à d’autres domaines tels que la jeunesse, les sports et l’aménagement urbain.

Des relations spéciales entre Genève et le Japon

Un autre bel exemple de coopération internationale de la Genève locale est celui qui voit chaque année depuis le début des années 1990 des jeunes de Genève et de Shinagawa être reçus dans des familles d’accueil, pour un séjour de trois semaines. Ces échanges ont pour origine l’histoire de la cloche du temple Honsen-ji de Shinagawa disparue au 19ème siècle et retrouvée en Suisse en 1873 avant d’être installée dans le parc du Musée de l’Ariana. Restituée au temple en 1930, ses responsables ont offert 60 ans plus tard, en guise de reconnaissance, une réplique fidèle de l’original, aujourd’hui abritée dans un pavillon du parc de l’Ariana.

L’accueil de la délégation de Shinagawa venue discuter du texte d’une Charte d’amitié a représenté pour moi le véritable point de départ de mon implication dans toute une série d’actions liées à la promotion de la culture japonaise à Genève et à une meilleure compréhension de nos cultures réciproques jusqu’au moment où, des années plus tard, en 2016, je me suis fait remettre la médaille de l’Ordre du Soleil Levant, lors d’une cérémonie organisée dans la résidence de l’Ambassadeur du Japon.

Tout aussi émouvant a été le fait d’accueillir en 2005 Monsieur Yukio Yoshiyama, rescapé d’Hiroshima qui avait été invité par la Ville de Genève à s’exprimer devant des centaines de jeunes au Victoria-Hall à l’occasion des promotions citoyennes.

Des ponts au lieu des silos La Genève internationale et la Genève locale se complètent et se soutiennent mutuellement. Il n’est pas possible de penser à l’un sans l’autre et nous devrions tous fournir un effort pour faire partie des deux « Genèves ». Les Nations Unies s’efforcent de penser et d’agir comme “ONE UN”. De la même manière, les internationaux et les habitants de Genève, nous devons penser et agir comme “ONE GENEVA”.

* Jean Erhardt est l’ancien directeur de cabinet du Maire de la Ville de Genève et Vice-président de Greycells.
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