Renouant avec l’esprit de l’ancienne tradition du « salon » où l’on discutait littérature, histoire ou d’actualité autour d’un déjeuner-débat, la Société de Lecture (SdL) concilie exigence et ouverture à travers une programmation aussi dense qu’ambitieuse : conférences, rencontres avec des écrivains, ateliers d’écriture et activités pour les jeunes.
Les formats sont variés et conçus de sorte à favoriser l’échange plutôt qu’un face-à-face magistral. Ici, une discussion se prolonge autour d’un verre ; là, un auteur répond aux questions du public. « Nos programmes mêlent la littérature et les humanités », précise Emmanuel Tagnard, Directeur culturel et communication. « En plus des rencontres avec des auteurs, nous organisons un cycle annuel d’une dizaine de conférences thématiques en lien avec l’actualité ou qui permet d’appréhender un continent, un pays ou une culture. Le cycle de cette année, qui portait sur l’intelligence artificielle, a été très apprécié. En littérature, nos choix reposent sur un équilibre subtil entre des auteurs renommés et de nouvelles voix, entre des romanciers étrangers et suisses. Tout en respectant les goûts de notre public, nous n’hésitons pas à le bousculer. Ce qui importe c’est de contribuer à mieux comprendre et décrypter le monde. » En cela, la SdL reste fidèle à son ADN : faire dialoguer les idées.
Fondée en 1818 par une poignée de savants en réaction aux secousses napoléoniennes, la SdL, qui occupe un hôtel particulier au cœur de la vieille ville, est née du désir de rassembler livres et savoirs et de faire circuler la pensée. Un objectif qui, deux siècles plus tard, reste au centre de sa vocation.
Et quoi de mieux pour cela que l’étonnante bibliothèque constituée depuis le début du XIXe siècle et qui compte plus de 200 000 ouvrages répartis sur plusieurs étages : textes de référence, littérature classique et contemporaine, essais, revues, collections étrangères. Des volumes reliés de cuir au titre doré, des livres légèrement déformés par les années qui exhalent l’odeur familière du papier vieilli, cohabitent avec des ouvrages récents acquis par la SdL à raison d’une cinquantaine par mois. « La nature des ouvrages a évolué au fil du temps, précise la directrice de la SdL Ann Huber-Sigwart. A l’origine, les fondateurs considéraient que la littérature était trop frivole. Seuls les récits de voyages complétaient les collections encyclopédiques.»
Les rayonnages ne sont pas pensés comme un musée, mais comme une réserve à explorer. Les livres ne sont pas figés. Qu’il s’agisse d’éditions anciennes ou de nouveautés, ils sont empruntés, feuilletés, discutés. Les bibliothécaires ne se contentent pas de gérer un catalogue : ils orientent, suggèrent, transmettent. Le conservateur des collections, Maxime Canals, est intarissable sur les personnalités de premier plan qui ont fréquenté la SdL parmi lesquelles Franz Liszt, Albert Cohen ou Nicolas Bouvier. Et de se réjouir d’abriter l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, les éditions de Jean Calvin annotées par lui-même ou encore d’extirper avec gourmandise la fiche des livres consultés par Lénine qui aimait ce lieu où il pouvait lire et écrire sans être dérangé par d’autres migrants russes.
Pas question pour autant de se transformer en temple de la nostalgie. Si les salons feutrés, les boiseries, les escaliers patinés conservent le charme d’un ancien salon littéraire, la SdL offre des espaces de travail modernes. On peut y consulter la presse internationale, travailler ou découvrir les nouveautés. On peut réserver en ligne les ouvrages listés dans son catalogue et ses membres ont accès aux conférences sous forme audio, vidéo ou en replay.
Ce mariage entre respect des traditions et adaptation technologique explique ten partie la longévité de l’institution et sa capacité à rester un lieu vivant de curiosité intellectuelle.
Décloisonner, ne pas se complaire dans « l’entre soi » qui avait prévalu au siècle précédent, tel est le fil rouge qui relie toutes ses activités. Cela passe par la programmation d’auteurs anglophones, par des partenariats avec différentes instituions comme le théâtre de Carouge, le Grütli ou le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) ; ainsi que par l’attention portée au jeune public à travers notamment l’organisation du « Croque-livres », un festival littéraire convivial et créatif, conçu pour faire aimer les livres aux enfants tout en les amusant. Un rendez-vous attendu au cours duquel les salons historiques de la SdL se transforment en terrain de jeu.
« Nous intervenons aussi en milieu scolaire, ajoute Ann Huber-Sigwart. Nous offrons une vingtaine de bourses à des collégiens pour qu’ils découvrent et s’approprient ce lieu. Et nous avons lancé le programme « Next Gen » afin d’assurer la relève culturelle. » Toucher un livre ancien, comprendre comment une collection s’organise, rencontrer un auteur : autant de moments concrets qui donnent chair à la lecture et l’inscrivent dans le réel.
PLUS D’INFORMATIONS
Association à but non lucratif, la SdL est en grande partie financée par les cotisations de ses quelque 1500 membres, par diverses activités et par la location des salons pour des événements privés ou professionnels :
