3 QUESTIONS

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Recteur de l’université de Genève, président de swissuniversities, l’organisation faîtière des hautes écoles suisses
La formation continue a le vent en poupe
Pour Yves Flückiger, Recteur de l’Université de Genève, les défis sociétaux font de la formation un impératif pour lequel Genève a de grands atouts
1 Apr 2022

La popularité de la formation continue est-elle imputable à la pandémie ou le signe d’une transformation des besoins d’apprentissage ?

La formation continue universitaire avait du succès avant la pandémie. L’offre et la demande sont bien établies. En trente ans, l’Université de Genève (UNIGE) a formé près de 200’000 personnes. Nous en accueillons désormais 10’000 chaque année. La pandémie a surtout changé nos modes d’apprentissage. Il y a un intérêt accru pour l’apprentissage à distance. Toutefois, les rencontres et les échanges en direct étant au cœur de l’expérience de formation, l’apprentissage en ligne ne va pas remplacer l’enseignement en présence.

La pandémie a suscité une forte demande de flexibilité. Nous avons identifié et travaillons à répondre aux demandes de format hybride flexible (Hyflex) qui permet aux étudiants de choisir le format qui leur convient le mieux : en ligne, en présence, ou les deux, donc de pouvoir poursuivre des études tout en assumant des obligations professionnelles ou familiales. Cette flexibilité répond aussi aux nouvelles habitudes de télétravail.

Face à ces transformations, les enseignants doivent être réactifs et aussi efficaces en ligne qu’en présence. Cela nécessite d’avoir ou d’acquérir des compétences pédagogiques et techno-pédagogiques et d’élaborer des scénarii d’enseignement adaptés. Cela représente énormément de travail.

La pandémie a provoqué un électrochoc en révélant à quel point la transition numérique avait avancé, et quelles sont les nouvelles exigences du monde du travail. Pour rester employable, il faut être mobile et acquérir de nouvelles compétences. En réponse, les responsables politiques soutiennent de plus en plus la formation continue et prennent d’autres mesures. Ainsi depuis janvier 2021, les personnes de 40 ans et plus peuvent bénéficier de prestations gratuites d’analyse de leur situation professionnelle et d’orientation de carrière.

Quelle est la spécificité et la valeur ajoutée de vos programmes de formation continue ?

Ils sont adossés à la recherche universitaire. Il s’agit d’un véritable vecteur de transfert de connaissances et de technologies du monde de la recherche vers le monde professionnel. Cette spécificité permet de répondre à des besoins urgents liés à la digitalisation (droit de la finance numérique), mais aussi à la durabilité, mêlant des dimensions techniques et transversales : développement durable, management des énergies, milieu de travail inclusif.

L’offre de l ‘UNIGE répond aussi toujours plus au besoin de compétences transversales de plus en plus recherchées par les employeurs, telles que les capacités à travailler en équipe, à conduire un projet, à communiquer, à faciliter les discussions complexes, à fédérer les parties prenantes.

Nos programmes répondent aussi aux Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU. Les défis que notre société doit relever sont multidisciplinaires par nature. En puisant dans la diversité des facultés qui constituent l’UNIGE et dans ses centres inter-facultaires, nous pouvons proposer un portefeuille de formations dynamique et polyvalent très pertinent car riche de la mixité disciplinaire qui nous est propre.

Dès 2018 nous avons entrepris un travail sur la qualité de l’apprentissage à distance qui nous a aidé lors du basculement de mars 2020. Nous poursuivons notre réflexion afin que les compétences acquises dans nos formations aient un meilleur impact dans la pratique professionnelle des participants.

Quelles relations entretenez-vous avec les organisations internationales ?

Une relation dynamique basée sur l’échange de connaissances. L’UNIGE fait appel à la vaste expertise des praticiens et fonctionnaires de la Genève internationale pour nourrir ses programmes de formation continue. Cela couvre de nombreux domaines tels que la gouvernance internationale, la santé globale ou les affaires humanitaires (par exemple pour l’éducation y compris en situation d’urgence). Nous sollicitons activement les praticiens basés à Genève pour bénéficier de leurs connaissances du terrain acquises aux quatre coins du monde.

En outre, nombre de fonctionnaires de l’ONU et d’autres organisations suivent nos formations. A l’image de la Genève internationale, les profils sont très divers, ce qui enrichit l’expérience d’apprentissage. Les besoins de ce public sont souvent exigeants et parfois très précis. Nous proposons par exemple une formation de e-learning sur le droit international de l’eau douce, ou encore des Massive Open Online Courses (MOOC) sur OneHealth. Le Master of Advanced Studies (MAS) en Santé publique a été développé en étroite collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé. Nous collaborons aussi avec des organisations internationales et non gouvernementales pour répondre aux besoins de formation de publics éloignés de Genève.

Dans le même esprit, l’UNIGE va proposer, avec son centre InZone, des Certificats d’études ouvertes (COS) afin que des personnes vivant dans des camps de réfugiés puissent accéder à une formation universitaire. Avec un réseau de partenaires à Genève et dans des camps de réfugiés, nous préparons des formations sur la santé communautaire avec des modules en e-learning et en présentiel.

* Muriel Scibilia est auteure et ancienne fonctionnaire de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
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