François Guichard, Fonctionnaire à la CEE-ONU
François Guichard, Fonctionnaire à la CEE-ONU
Posted on 25 Feb 2020
Categories: 3 questions to
Study for a British university degree in Geneva

3 questions au Secrétaire du Groupe de travail des véhicules automatisés/autonomes et connectés (GRVA).

Pourra-t-on bientôt se rendre au travail dans une voiture autonome ?

Pour l’instant, à part quelques publicités futuristes, tous les experts sont d’accord : le véhicule complètement autonome n’est pas pour demain, mais pour après-demain. Il y a encore des progrès techniques à faire et beaucoup de questions techniques et juridiques à clarifier. Il y a néanmoins des avancées technologiques non négligeables.

On observe en effet le développement de deux types de véhicules :

  • les navettes urbaines qui roulent à basse vitesse sur des itinéraires prédéterminés, et le plus souvent séparés du Traffic normal, utiles pour la mobilité dite du « dernier kilomètre » ;
  • les véhicules conventionnels équipés, en option, de fonctions d’aide conduite automatisée, qui fonctionnent aujourd’hui essentiellement sur les autoroutes (ces technologies comptent encore beaucoup sur le conducteur pour assurer la sécurité du véhicule).

La CEE-ONU (UNECE) a commencé à étudier ces questions en 2014, et plusieurs règlements ont été adoptés. En 2018, en réponse à la demande des états membres, nous avons créé un groupe de travail dédié, le GRVA.  Le groupe poursuit ses travaux concernant le développement de la règlementation technique à marche forcée pour accompagner la mise sur le marché de ces technologies, le but étant d’introduire ces innovations sur les routes existantes, en toute sécurité.  

Grâce à ces travaux, vous pourrez bientôt aller au travail en utilisant un véhicule qui conduira pour vous sur certains tronçons, dans des circonstances plutôt « faciles », comme par exemple dans les ralentissements (à des vitesses inférieures à 60 km/h).

Faudra t’il passer un permis spécial pour utiliser ces véhicules?

La question d’un permis de conduire spécifique ou d’une évolution du permis se posera certainement à l’avenir dans les groupes de travail de la CEE-ONU traitant de ces questions. Pour l’heure, la réglementation impose encore que le conducteur puisse reprendre le contrôle du véhicule à tout moment.

Qui gérera ces voitures ? Un institut spécialisé ou la programmation sera effectuée via nos smartphones ?

Les détracteurs de la mobilité individuelle (en voiture) annoncent un changement de business model dans lequel on ne possédera plus son véhicule. Des travaux sérieux concernant la mobilité en tant que services ont été menés. Les constructeurs automobiles s’y sont préparés, y voyant un risque (perte de clientèle ou changement de type clientèle) mais aussi une opportunité (les marges sont beaucoup plus importantes dans les services que dans la vente directe de produits).

Mais nous sommes encore loin de l’ère du « smartphone sur roue » autonome car un véhicule autonome a un niveau de complexité bien supérieur à celui d’un smartphone.

On observe des changements dans les habitudes concernant l’usage de la voiture, des transports en commun et d’autres formes de mobilité telles que le vélo, le vélo électrique et la trottinette, ce qui n’est pas sans poser un certain nombre de challenges en termes de sécurité. La part de marché des différentes offres de mobilité fluctue en fonction des incitations ou interdictions publiques, des préférences des usagers, lorsqu’ils ont un vrai choix, mais aussi des saisons et de certains effets de mode. Seul l’avenir nous dira quelles formes de mobilité vont prévaloir.

* Catherine Fiankan-Bokonga est correspondante et Vice-Présidente du Club Suisse de la Presse.