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La délocalisation annoncée d’OCHA tombera comme un couperet en 2021
1 Feb 2021
La délocalisation annoncée d’OCHA tombera comme un couperet en 2021
1 Feb 2021

Le personnel dans la tourmente subit anxiété, insécurité de l’emploi et peur du lendemain.

Pour le personnel du Bureau de la Coordination des Affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 2021 risque d’être encore plus pénible que 2020 : postes supprimés, départs forcés, transferts vers Istanbul ou la Haye, restructuration et rumeurs.

A Genève, le projet de délocalisation d’une partie des équipes vers Istanbul a provoqué remous et incompréhension et a été la cause de nombreux congés maladies pendant les douze derniers mois. Ce profond malaise résulte du manque de transparence de la communication interne sur l’avenir du personnel et du stress lié au Coronavirus.

Il semble que 2021 ne donnera pas plus de répit. Le plan de délocalisation annoncé par Mark Lowcock, Secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des Affaires humanitaires, prévoit de transférer 23 postes d’administrateurs (P3 à P5) de Genève à Istanbul, 5 de New York à La Haye et 8 dans d’autres pays (certains postes ont déjà été délocalisés de Genève à la Haye).

Cependant, aucune date n’a pu être signalée pour la signature de l’accord avec le Gouvernement turc ou l’installation à Istanbul. Le Service de presse d’OCHA n’a pas répondu aux nombreuses questions posées sur le plan de délocalisation. Il se contente de rappeler qu’OCHA aura progressivement recours à la délocalisation pour diminuer ses coûts et mener plus efficacement les activités de son Siège.

Le staff d’OCHA n’a malheureusement pas reçu d’information interne par email ni par courrier concernant l’installation à Istanbul. Pourtant, sur son compte Twitter, Mark Lowcock déclarait le 22 janvier 2021 : « Ce fut un plaisir de me retrouver hier en Turquie au siège des Nations Unies pour la signature de l’accord de siège de UNOCHA. Mille mercis à l’Ambassadeur Sinirlioglu ». 

« Le malaise provient du stress lié au Coronavirus combiné au manque de transparence dans la communication interne. »

La peur aux tripes

«J’ai consacré plus de 20 ans aux affaires humanitaires sur le terrain et au siège. Et la responsable des ressources humaines à Genève, posé un ultimatum : soit j’accepte le transfert, soit elle met directement mon poste au concours à Istanbul», raconte une fonctionnaire P-4 qui ne souhaite pas que son nom soit cité. « Les gens ont peur des mesures de rétorsion de la part de la direction ».

Pour beaucoup de fonctionnaires d’OCHA, la restructuration en cours est peu cohérente. Ils craignent aussi que le rôle central que joue Genève au sein de la communauté humanitaire soit mis en péril si on délocalise des fonctions de coordination importantes.

«Nous avons du mal à cerner le sens de toute cette restructuration», estime l’une des personnes interrogées. Plusieurs collaborateurs d’OCHA déclarent en outre que M. Lowcock, ancien expert-comptable et Directeur des finances du Ministère du développement international du Royaume-Uni (DFID), semble insensible à la situation du personnel.

Opacité des chiffres

«On évoque des économies importantes mais nous ne savons pas de quel montant réel il s’agit», regrette un père de famille disposé à quitter Genève en 2021 s’il le faut. Il a calculé le salaire qu’il toucherait en Turquie, inférieur de 15% à celui de Genève.

 

D’une part, on prévoit de couper six postes de fonctionnaires des services généraux (G4 à G7) afin de recruter localement en Turquie, et d’autre part, le projet prévoit de laisser un nombre élevé de postes de directeurs D1 et D2 à Genève. Où est la logique ? En octobre dernier, par exemple, un D1 a été remercié et a bénéficié d’indemnités de départ équivalant à un an de salaire alors que son poste avait déjà été repourvu à Genève.

« On invoque des économies importantes mais nous ne savons pas de quel montant réel on nous parle. »

Précarisation de l’emploi 

Prisca Chaoui, Secrétaire exécutive du Conseil de Coordination du Personnel de l’ONUG, s’inquiète de la volonté de délocaliser des postes administratifs et de transformer des postes professionnels à Genève en emplois temporaires sous prétexte de rendre le personnel d’OCHA plus mobile.

Cette tendance à la précarité de l’emploi n’est pas nouvelle. Une autre femme professionnelle en a fait la dure expérience. Elle travaille dans le système des Nations Unies, au siège et sur le terrain depuis environ 15 ans et a été recrutée sous contrat à durée déterminée à Genève. Après quelques années au siège, son poste a été simplement supprimé et elle a dû accepter un poste temporaire.

Cependant, Mark Lowcock a récemment déclaré: «OCHA s’emploiera à renforcer le leadership des femmes dans le secteur humanitaire (…) Face à des situations de plus en plus exigeantes et dangereuses (…) la stratégie de dotation met un accent particulier sur la sécurité, la santé et bien-être de ses employés ».

Le syndicat s’indigne

Du côté du Conseil de coordination du personnel, le constat est sévère : «Il est malheureux de constater qu’OCHA, dans ce plan, manque totalement à son devoir de diligence vis-à-vis de son personnel. Dans les décisions de réinstallation, le personnel n’occupe pas la place centrale qu’il devrait avoir pour une entité humanitaire telle qu’OCHA.»

Mark Lowcock a répondu par écrit aux remarques du syndicat, précisant que la direction d’OCHA, dont lui-même, avait tenu plusieurs réunions avec des représentants du personnel d’OCHA et le syndicat des Nations Unies à New York et à Genève, en 2019 et 2020.

«Bien que nous comprenions la nécessité de la mobilité du personnel, nous pensons que les décisions doivent être d’abord et avant tout centrées sur l’humain. Au lieu de cela, les dirigeants d’OCHA ont réussi à sortir la dimension humaine du terme « humanitaire», conclut Prisca Chaoui.

* Ex-fonctionnaire d’OCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, en français : Bureau de la coordination des affaires humanitaires), Isabel Garcia-Gill est actuellement journaliste et spécialiste des contenus numériques pour Geneva Digicom.
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