CULTURE

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© LISBETH SALAS - Borja Ortiz de Gondra, auteur du roman “Nunca serás un verdadero Gondra”
De la Section de traduction de l’ONU à la scène littéraire
Après un parcours remarqué dans le monde de la dramaturgie, Borja Ortiz de Gondra débute dans un nouveau genre, avec son premier roman
1 Dec 2021

Grand spécialiste du théâtre espagnol contemporain, explorateur de l’autofiction familiale, Borja Ortiz de Gondra, dont les œuvres sont traduites et jouées dans de nombreux pays, a travaillé dans les organisations internationales comme traducteur indépendant de 1998 à 2003, puis en tant que membre du personnel des Nations Unies à New York de 2004 à 2013. Il a quitté la fonction publique internationale pour se consacrer au théâtre et à l’écriture, mais il reste attaché au monde des organisations internationales.

Le célèbre dramaturge a reçu de nombreux prix : le Prix National de Dramaturgie en 2013 pour Duda razonable , puis en 2014 pour El Barbero de Picasso. En 2018, il a reçu le Prix Max du Meilleur Auteur de Théâtre pour Los Gondra (una historia vasca), et le Prix Lope de Vega pour Los otros Gondra (relato vasco).  Le dernier volume de cette trilogie Los últimos Gondra (memorias vascas) vient de connaître un énorme succès à Madrid au Centro Dramático Nacional.

Reconnu sur les scènes nationale et internationale en tant que dramaturge, l’auteur basque entre en littérature avec la publication de son premier roman, Nunca serás un verdadero Gondra (“Tu ne seras jamais un véritable Gondra”), par les éditions Literatura Random House en février 2021. Avec une impressionnante maîtrise de la mise en abyme, Ortiz de Gondra réfléchit sur l’identité et la mémoire.

Borja, le protagoniste du roman, décide de partir à New York pour se forger une identité qui lui soit propre.  Une fois sur place, il se rend vite compte qu’on oblige à se définir en fonction de son appartenance à d’autres groupes : est-il latino, hispanique ? Quelle est son appartenance raciale ? Un défi qu’il doit constamment relever. Pour comprendre qui il est vraiment, il doit concilier le déracinement dû à la rupture des liens familiaux au pays basque et se faire une place à New York.

Des années plus tard, il éprouve le besoin de retourner dans son pays.  Son amie Martina s’étonne : « Je ne saisis pas la relation que les Basques entretiennent avec leur terre natale. Ne parviennent-ils donc jamais à s’en détacher, ne coupent-ils donc jamais le cordon ombilical ? ». « Jamais », répond Borja.

La société dont Borja est issu, l’Euskadi (le Pays Basque), est très identitaire. L’appartenance au peuple Basque se concrétise de diverses manières : la génétique – on arbore fièrement les noms de famille si caractéristiques du pays ; la langue : on s’affirme comme basque en parlant couramment l’euskaldun. Faillir, c’est déshonorer la famille. C’est le prix à payer pour l’appartenance, un prix très élevé.

Le roman vous a-t-il permis d’être qui vous voulez être plutôt que celui que votre famille voulait que vous soyez ?

J’avais besoin de raconter la période des années 80 au Pays Basque, une période très marquée par la violence. Un tel contexte contraint chacun à prendre position. Voilà pourquoi dans le roman je me demande si j’arriverai à trouver le moyen d’être moi-même. La littérature m’a permis de devenir enfin la personne que je veux être, plutôt que celle que mon entourage veut m’imposer. Dans mon roman, j’explique que je ne voulais pas écrire mes mémoires mais je ne suis pas arrivé non plus à écrire une histoire imaginaire. Peut-être s’agit-il simplement d’un journal intime, dans lequel je relate les événements tels qu’ils se sont déroulés, mais aussi tels que j’imagine qu’ils auraient pu se dérouler ou que j’aurais aimé qu’ils se déroulent.

Dans votre roman il y a des phrases en basque, en espagnol, en anglais et en français. Pourquoi pensez-vous que la langue a une telle influence sur les identités individuelle et collective ?

Dans mon roman, les langues jouent un rôle essentiel. J’ai eu envie de montrer combien elles sont l’importantes pour ce qui est de l’identité du personnage principal et du monde qui l’entoure. Le lecteur peut déduire le sens de ces passages sans forcément parler les langues en question. Je remercie sincèrement les éditeurs qui m’ont permis de laisser des phrases en anglais, en basque ou en français.

Sur votre bureau, il y a une carte postale qui dit “La mémoire s’efface, l’écriture demeure”. Le roman servirait-t-il à perpétuer la mémoire du passé ?

Le roman peut être un exercice d’autofiction qui sert à poser des questions profondes, des questions qui restent parfois sans réponse… Il est possible que la seule mémoire qui reste soit celle des blessures, comme l’affirme l’écrivain Czesław Miłosz. La trilogie théâtrale des Gondra a contribué à perpétuer la mémoire de ce qui s’est passé et à soigner les blessures.

Le 26 novembre 2021, l’écrivain espagnol a donné une conférence sur l’écriture et la vie, à Genève, dans le cadre des activités culturelles de l’Association des fonctionnaires Internationaux espagnols et du Comité Palabras+. Cet événement littéraire a bénéficié du soutien d’importants sponsors de la Ville de Genève.

* Gemma Capellas Espuny est responsable de la Production Linguistique à l’OMM et Jesse Concha est interprète à l’ONUG.
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