Du 4 au 12 juillet, Genève invite à un rendez-vous pas comme les autres. En maillot de bain ou en pyjama, assis, couché ou debout sur l’eau, la première édition de Grand Juillet, rendez-vous littéraire, se saisit de tous les interstices et d’une multitude de lieux pour recréer du lien et rappeler que ce qui nous unit c’est d’être porteurs de récits.

Volontairement positionné hors actualité littéraire, au début des vacances scolaires lorsque les journées sont longues et les soirées douces, mais aussi avant que ne démarre la foire des festivals d’été, Grand Juillet ne demande qu’une chose : que l’on prenne le temps de vivre une expérience, singulière et bouleversante.

L’ensemble du territoire genevois accueille une trentaine de rendez vous qui sont « tous grands, même lorsqu’ils sont petits ». La programmation s’articule autour d’une poignée d’auteurs : dix plumes suisses et dix plumes internationales. L’affiche commence par la « Grande Rencontre » avec Marie NDiaye, récompensée depuis quarante ans par de nombreux prix. Une occasion rare d’écouter cette femme timide à l’oeuvre lumineuse. Puis les mots laissent place à la musique, lors d’un concert au chapeau à ciel ouvert.

Dès le lendemain matin, place au premier atelier d’écriture. S’ils essaiment les matinées de Grand Juillet c’est qu’il est question de s’emparer de la littérature autrement. Et Karelle Ménine, autrice, artiste et directrice du projet de rappeler que lorsque la littérature va mal, c’est le vivre ensemble et tout le socle de la démocratie qui sont menacés. La littérature n’est pas réservée à quelques uns, elle n’est pas faite pour exclure, elle est le coeur de la pensée et de la relation citoyenne au monde.

Voilà où s’enracine ce nouveau rendez-vous : dans une époque en proie à de nombreux conflits, de vertigineuses pertes de liens dans un moment de l’Histoire Humaine qui exige de « créer des rendez-vous plus grands que soi et de tout repenser ». 

Car « quand le monde brûle, il faut reculer pour voir ce que l’on peut faire, même modestement mais le plus correctement possible, pour répondre à la folie ».

Le point d’honneur : une programmation insolite

Par leur présence ou leur absence, les « il était une fois », marquent l’enfance. Grand Juillet ouvre une page où l’âge reste à la marge et seule compte l’expérience. Ainsi, le 7 juillet, de nombreuses communes se mobilisent et du plus jeune au plus âgé, les citoyens sont invités à une veillée collective pour écouter, ensemble, en même temps, la même histoire, en pyjama. Cette histoire, c’est Anne Herbauts, autrice et illustratrice belge à la poésie fine et gourmande, qui la compose à partir du canton et de ses habitants. Lors du « Grand Pyjama », le premier volet de ce récit se dévoile sous un parterre d’étoiles. La suite? À l’édition suivante.

Le lendemain, l’obscurité se poursuit autrement. Elle surgit en plein jour au sommet de la Vieille Ville lors d’un « Grand Insolite » : une lecture en braille par Pierrine Poget. Si la littérature est l’hôte du sens de l’histoire, elle est aussi hôte des sens et chacun a droit au chapitre. Ecouter, voir, toucher, sentir et goûter, la rencontre se vit pleinement.

Pensée par et pour le territoire, la programmation s’articule autour d’une ferme (le « Grand Lieu », à Budé) et sillonne les chemins, littéralement. Elle se partage simplement. Comme lors du « Grand Repas » offert le 10 juillet au Parc Beaulieu. Chacun y est convié à partager un livre autour d’une table tout en savourant les mets du terroir doublement mis à l’honneur avec la présence d’Alexandre Chollier, géographe et cartographe genevois qui croquera cet instant à sa façon.

Le point d’interrogation : pourquoi un humain s’arrête quelque part?

Croisant les regards et les outils, Grand Juillet est avant tout une médiation qui ouvre de nombreuses portes, décloisonne et chatouille notre curiosité.

Puisque tout le monde est concerné, tout le monde est invité. Mais qu’est-ce qui nous amène à nous arrêter? Une question étonnante, posée à des jeunes lors d’un travail préliminaire questionnant l’écho des mots. Les récits dont nous sommes porteurs nous façonnent et Grand Juillet les appelle à exister, durablement. Au centre de l’espace public, un livre en métal se déploie. Fruit de la mise en résonance de textes du patrimoine avec les mots, gravés, des jeunes ainsi sensibilisés à l’enjeu des traces que laisse la parole. 

Le « Grand Texte » est né et, à l’instar de Grand Juillet, il est là pour durer.

Ce nouveau rendez-vous littéraire est une invitation à ne pas manquer. A l’heure où le monde change et nous échappe, divise et souvent s’égare il faut faire l’expérience de l’autre, de la possibilité et se mettre au travail pour faire vivre la littérature. Non comme un moment à consommer, une compétence ou un grade à décrocher, mais comme un moyen de participer à l’élan qui permettra de maintenir le lien humain au centre de l’humanité.

Il était une fois une histoire qui ne faisait que commencer. 

Grand Juillet

Rendez-vous littéraire, programme:

www. grandjuillet.ch


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